anniversaire Atoll : 20 ans

anniversaire Atoll

Atoll a vingt ans.

 

Franchement, ils ne les font pas.

Bon, d’accord, ils ont un peu grossi. Ils ont même doublé de surface.

La surface de l’usine. Dont c’était aussi la pendaison de crémaillère.

- Ils ont perdu des cheveux aussi, mais ça valait le coup, hein l'Alain ? Pas comme toi, t'as pas construit d'usine ni d'empire, il me semble ?

 

… Intervention, comment dire, pertinente ? de Romain.

- Oui, parce que ce texte est hyper sophistiqué, vous allez voir, on n'y comprend rien, mais il témoigne de tant d'amour que ça vaut le coup d'essayer de suivre !

Organisation impeccable : une journée de générosité, bienveillance, intelligence et humilité. Les frères Dubreuil, quoi. Mais nous y reviendrons.

- ben on y est déjà, pourquoi revenir ?

… Oui, hum : humour parisien ?

 

L’usine est agréablement située au sommet d’un vallon qui donne sur la campagne environnante, le panorama étant dévolu à l’atelier (gigantesque), les patrons ayant vue sur le parking et Laurent (cadre breton) sur un piano : Atoll ne fait rien comme tout le monde. D’ailleurs la seule pièce climatisée est précisément le grand atelier et vus les cinquante degrés atteints dans la journée…

- … cinquante degrés à l’ombre. Mais y avait pas d’ombre !

… on rêvait des moments prévus dans l’atelier.

 

Car, pour célébrer le double événement ce lundi 19 juin, Atoll avait invité son réseau de revendeurs pour une visite guidée, de la musique reproduite et directe, boire, manger, la fête quoi. Heureusement, en un sens, ils ne sont pas tous venus,

- ils n’étaient pas tous là, elle n’allait pas mourir la mamma

- merci Romain

- Pas de quoi…

 

9 h 00. Plein soleil. Les frères Dubreuil ont fait les choses en grand, ils ont loué un soleil de plomb. En Normandie. Bravo ! Emmanuel m’explique qu’ils ont un accord avec la Haute Autorité…

- c'est de l'humour normand ou breton ça ? Nous à Paris on fait des blagues beaucoup plus drôles, celle-ci par exemple, elle est bonne non ?

- Non !

 

L’équipe Atoll au complet est présente pour accueillir les invités venus des quatre coins du pays. Encore faudra-t-il un jour m’expliquer cette idée des quatre coins !

- C'est parce qu'avant les gens croyaient que la terre était un Devialet.

- ?

-  … Ça c’est de l’humour parisien, tu vois, hyper drôle ; on fait un joli compte rendu sur la fête d'Atoll, et on, je n'ai pu m'empêcher de faire du name dropping.

 

Ambiance bon enfant pour la première partie autour d’un hectolitre de café et de monceaux de chouquettes auxquelles personne ne touche.

Evidemment, par pure solidarité avec ce fastueux accueil, mon ami célèbre revendeur parisien iconoclaste que j’ai conduit de Nantes jusqu’au cœur de la Normandie (tout seul, il a peur à plus de 600 m du périph), et moi-même veillerons à donner l’exemple !

- Ben oui, je m’asphyxie à la campagne, j’ai besoin d’un pot d’échappement proche, j’y peux rien, c’est physiologique, et ta bagnole, elle ne pollue même pas, traître !  En plus chez Atoll ils aspirent toute la poussière, la fumée…

 

C’est vrai. Nous le verrons plus tard.

- … Bon, je vous attends au parking. File-moi les clefs de ton tank que je me fasse une petite dose de particules fines.

 

Stéphane, l’un des deux frangins fondateurs de la société faut-il le rappeler, prend la parole pour expliquer le long programme de la journée.

- « Mamma mia (en Normand), on est là jusqu’à demain ? »

                                                            

Après avoir scindé les invités en deux groupes (avec les hésitations du genre : moi je veux être avec lui, non pas lui, lui, non pas celui-là non plus – pourquoi ? – je sais pas, je le connais pas…), nous suivons Stéphane qui, assisté de Tony et Killian, va nous décrire le laboratoire R&D. Ça veut dire Raymond et Denise. Ou recherche et développement, je n’ai jamais vraiment été sûr.

- de quoi es-tu sûr?!...

 

C’est curieux, il y a quelque chose de décevant dans ce grand espace quasi vide, scindé en trois sous-divisions, via trois surfaces de travail, des big computers et une grosse boîte sombre à côté de l’un d’eux.

 

On a tous en mémoire cette idée du labo avec des gros générateurs purulents de cent boutons en bakélite (faut dire que j’ai 115 ans !)…

- Parle-pour toi, moi j'en ai à peine 105, à mon époque il y a avait un minitel, d'ailleurs je suis sûr qu'ils en ont eu un chez Atoll, planqué quelque part. Je vais fouiner dans le stock, avec un peu de chance y'aura de la poussière à renifler…

 

… Je reprends… Les oscillos phosphorescents et leurs signaux ésotériques tremblotants, les ferasoudé fumants, les composants foutraques en pagaille, les bouts de circuits pas imprimés entrailles à l’air, les outils à mimine, tourne-vices, limes à limer, clefs à mauvaise haleine, bref le labo du Docteur Frankenstein.

Là non.

 

Heureusement, Stéphane et ses acolytes vont ranimer le rêve en nous faisant une démonstration des possibilités du matériel informatique de pointe qui évidemment n’a aucun sens sans le savoir-faire, l’intuition, l’humain…

 

- ... Romain, j’aimerais que tu suives un peu s’il te plaît…

- Mais qui va faire les photos alors ?

 

C’est vrai.

 

La première phase repose sur les logiciels d’implantation des composants ultra-pointus qui ne sont rien sans le recul de l’expérience. Cette étape est fascinante, la façon dont sont progressivement disposés les composants sur la carte dont le logiciel prend en compte la dimension réelle, choisis dans une base de données colossale, avant de proposer le cheminement des pistes multicouches, qui devra bien évidemment être revu par les ingénieurs pour parfaire idéalement les critères fondamentaux de la zizique.

La deuxième étape, après assemblage en atelier du proto, se passe sur un outil de mesure incroyablement sophistiqué (la boite sombre) qui permet des mesures dynamiques avec une précision digne des exigences de l’aéronautique et qui vaut le prix d’un avion. De chasse. Soit un peu plus que celui d’une paire d’AVA (ppfff) précisera Stéphane, ce que les invités comprendront plus tard.

- Nous on sait, nous on sait !!!

 

Il y avait aussi un mètre de couture Ikea, un investissement hors norme qui sert à mesurer le niveau de bêtise des visiteurs. Nous avons atteint une côte élevée mais Stéphane veille à freiner notre enthousiasme : il a vu bien pire.

- Pourtant on s’applique…

- On ne peut rien contre notre nature, crois-moi…

 

Longue explication sur les difficultés d’implantation d’un circuit, mesures hallucinantes de la distorsion incroyablement faible de l’IN300 prouvant le fonctionnement en classe A jusqu’à des puissances élevées (50W de mémoire)…

Ainsi la frustration première face au dépouillement du « laboratoire » disparaît devant l’émerveillement renouvelé d’une technologie à la pointe du progrès.

 

Ensuite, visite guidée par Emmanuel et Laurent de la partie production.

- Attends, t'as pas dit qu'il y avait un câble blanc dans l'IN 300 qu'y zont ouvert, un fil de l'Absolue Grandes Créations, le bout de cab' qui change beaucoup là-dedans. T'as vu ? Tu as oublié de le dire ça. Au fait et d'ailleurs, y sont pas là les gars d'Absolue Créations ?Où qui sont ? Faut dire qu'ils sont pas Grands Revendeurs Datoll comme nous, et en plus ils auraient bu tout le champagne… Euh non y'en a visiblement 30 hectolitres.

- …

- … Euh, pardon je te laisse continuer.

 

Une visite guidée par Laurent, ça se visite, croyez-nous…

- Humour nantais ?…

- …

- … Oui, bon, vas-y, vas-y raconte Tonton Alain.

 

Les dimensions et la luminosité naturelle de l’espace font rêver.

La clim aussi.

L’atelier est confortable par l’aisance de circulation, les comptoirs kilométriques, les postes de travail judicieux.

La rigueur et rationalisation de l’organisation oscillant entre flux tendu, homogénéisation des cartes et économie d’échelle fondée sur un stockage industriel des composants, sont un modèle du genre, ce savoir-faire dont on nous rebat les oreilles sans comprendre que la France est en train de le perdre au profit d’une technicité sans âme, sans tête, est ici parfaitement représenté.

Bravo Atoll, un modèle d’école pour affronter des demandes diverses émanant de pays nombreux avec leur cortège de normes.

- Ce que tu causes bien, moi je suis d'accord avec ce que tu dis… C’est pas un peu professoral quand même ?

 

Bis pour la protection et le confort des équipes (tout le monde sourit dans cette usine, et même lorsque nous interrogerons sournoisement

- surtout moi !

les petites mains sur le comportement des patrons, il n’y aura aucun bémol sur leur bienveillance associée à leur capacité à réagir, agir, décider et statuer dans les moments tendus)…

- Petites mains toi-même. Cela dit il n'y a aucun doute que chacun est à sa place chez Atoll, et que le respect des hommes et femmes et de leurs fonctions est un principe partagé : grande liberté expressive avec un minimum de contre-réaction. T'as vu moi aussi je cause bien, non ?

… Aspirateur central pour les fers à souder, climatisation particulièrement bienvenue aujourd’hui…

- oh oui !

… sécurité optimale, outils modernes (binoculaire CMS ou autres joujoux que j’ai oubliés…), le cheminement des cartes, la disposition des composants divers, etc…

 

Les explications concernant les intransigeants points de vérification des cartes assemblées et des appareils constitués avec réglage de polarisation en fin de chaîne avec vérification constante du courant sont vraiment rassurantes.

- Le quai de chargement aussi ; et le stockage préliminaire des quintaux de châssis, transfos ou composants jolis sont impressionnants et ramènent la globalité de la production française au rang de garage. Ceci dit sans arrière-pensée. Mais seule une organisation de ce type permet de produire dans l’hexagone des électroniques dont les prix commencent à 400 € en assurant une qualité digne d’appareils nettement plus coûteux.

C’est juste.

- Une performance à saluer sachant qu’Atoll met à profit la même organisation industrielle au profit de leurs appareils les plus ambitieux (l’extraordinaire petit dernier IN300 et évidemment la gamme 400) pour proposer du haut-de-gamme à des prix réalistes.

- ... Ca alors…Tu sais donc être sérieux parfois ? On dirait que tu aimes vraiment ton travail, que tu aimes les gens avec qui tu travailles, les appareils qu'ils fabriquent. C'est beau. Je n’attendais pas ça de ta part, Parisien Bigleux…

-Eh oh, le Nantais Boiteux, tu sais ce qu’il te dit, le Parisien Bigleux ?

Hum…

 

Suivra une petite conférence orchestrée par Emmanuel autour d’un Powerpoint synthétique racontant l’histoire, la progression des chiffres, la conquête permanente (et déjà impressionnante) de marchés extérieures et des réussites louables.

Ressort de cette démonstration que la success story n’est pas terminée, la conquête de nouveaux marchés laissant une belle place à l’avenir
 

Dans le nouvel auditorium, très grand, sobre, pas totalement terminé nous dira Stéphane réclamant notre indulgence…

- notre indulgence ? A nous ?

… nous aurons ensuite droit à une démo d’un ensemble ST 200 relié au DAC du CD 400 puis PR 400 et 2 x AM 400 bridgés nouvelle génération alimentant de très belles AVA de ppfff, couleur blanc cassé présentées avec passion par Stéphane qui explique le formidable instrument de travail qu’elles représentent pour eux par leur qualité, proche de la quadrature du cercle, d’être à la fois sensibles, vivantes et spectaculaires, dotées d’un extrême grave varié, riche et nuancé.

Ce n’est pas nous qui allons dire le contraire !

- Non.

- … … C’est tout ?

- Oui.

 

Déjeuner ensuite dans un endroit de rêve à 5 ou 6 kms, les frangins prouvent une fois de plus leur plaisir à faire plaisir, un petit coin de paradis, la colline verdoyante, le ruisseau, les prés, les vaches dans les prés, la bâtisse entre séculaire et moderne, un apéritif exquis sous auvents par + 65° au cours duquel, lorsque Emmanuel, pour répondre à une question extrêmement appropriée du parisien (bigleux) au bord de l’étouffement dans cette verdure insolente, estime à 7 ou 8000 IN100 vendus !!!, un des piliers de la maison (sirotant son deuxième cocktail sous le cagnard) s’étonne, enjoué et ému : « Ah mais alors j'ai monté au moins 2000 cartes d'IN100 moi !», un déjeuner empreint de bonne humeur même si certains de nos collègues sont comment dire… imperméables ?

- Tu parles pour moi ?

- Non non

… Ambiance magnifique, détendue, Laurent rit comme d’habitude, les frères Dubreuil sont d’un sérieux imperturbable. Euh…

 

Retour à l’usine…

-Tu oublies le discours mémorable au moment du gâteau d’anniversaire : une éloquence magnifique, sobre et humble servie par les frangins clairement sous le coup de l’émotion.

C’est exact.

 

Retour à l’usine donc, musique encore, il fait un peu chaud dans l’audi, mais on vibre quand même au formidable potentiel du système présenté, la belle palette de couleurs, l’élan rythmique, la transparence en dépit de quelques irrégularités dues à la pièce pas encore parfaitement calibrée.

- C’est vrai.

- Qu’est-ce que tu en sais ? Tu as dormi !

- Non c'est toi qui as dormi, moi j'ai fait des photos, la preuve !

Mmmhh… C’est embarrassant.

 

Puis, alors que d’autres invités, autorités locales, architecte et maîtres d’œuvres, épouses et ami(e)s de nos hôtes (l’équipe Atoll est encore au complet à cette heure déjà avancée), journalistes, organisateurs de festivals dont Atoll est partenaire (Papillons de Nuit et Jazz en Baie (bonjour Pauline !)), les premiers musiciens, un flûtiste jovial (Pascal Douvier) et une charmante guitariste (Cécile Joly) s’installent dans la partie production pour un délicieux concert autour d’une ballade entre les époques et les pays, variée et jamais ennuyeuse, souvent drôle et délicate, du baroque au tango, voire la BOF de Jeux Interdits.

L’acoustique est étonnamment idéale, nous permettant de profiter au mieux des éclats louvoyants de la flûte traversière et de la délicatesse des fines mains de la demoiselle sur sa guitare.

 

Le duo sera suivi d’un trio de jazz manouche, Polyamide, Violon, Guitare, Contrebasse, qui, à la demande de Stéphane, vont débrancher leurs amplis pour nous offrir un voyage de cartes postales, un festival de couleurs, joie de vivre et d’humour, de virtuosité de d’empathie sans jamais s’engluer dans les codes, dans une acoustique décidément irréprochable alors que mets et champagne sont servis à profusion, ce dont je ne profiterai pas évidemment car nous avons de la route…

-  ???????

- Quoi ?

- Rien, rien…

 

Discussion encore avec les musiciens un peu surpris de notre rapport à la reproduction musicale (comme beaucoup de musiciens, ils ne mesurent pas les étapes du processus, toutes représentant un danger de trahison de leur travail), ou encore avec les organisateurs des festivals, très intéressante découverte des challenges différents pour Papillons de Nuit et Jazz en Baie que la grande demoiselle affable (Bonjour Pauline !), responsable de la communication de Jazz en Baie et un des organisateurs des Papillons raconteront avec passion et lucidité…

- Humpf, en ce qui te concerne, on a bien vu en effet ton intérêt pour les explications passionnantes de la demoiselle…

- … Je ne comprends pas ce que tu insinues…

- Accessoirement, je te ferai remarquer qu’elle n’a pas 25 ans à mon avis. C'est un peu vieux pour toi.

- Je ne vois absolument pas de quoi tu parles……… Euh, tu as fait des photos ?

 

De belles démonstrations d’humanité à travers des personnalités, attentes, métiers, beautés, intérêts divergents réunis en ce jour, magnifiquement orchestrées par nos amis normands (et leur acolyte breton) qui sont un exemple à plus d’un titre.

- … Et puis, c'est rare qu'un fabricant nous ouvre ses portes ainsi, avec tant de sérénité, nous accueille et partage le confort de vie au travail que les dirigeants offrent à leurs salariés et réciproquement ; on a pu tout voir, y compris les schémas des appareils, tous les processus, sans qu'à aucun moment on sente le désir de cacher quelques chose, Atoll c'est l'ouverture au sens large, sur la jolie prairie normande, ouverture des bras et du cœur, et ouverture vers demain. Magnifique ça comme commentaire, non ?

- Oui. Modéré surtout.

- Jaloux !… Alors, on leur dit : à dans 10 ans ?

 

A dans 10 ans.

Merci.

- Oui, je suis d'accord avec ton merci. J'en dis un aussi moi : merci.

 

Signé :

Romain et Alain ; et inversement, toute proportion gardée.

 

- Comme dit pompeusement un client « toute chose étant égale par ailleurs »

- Tu as des clients, toi ?