Münich High-End 2017 chap 2

Münich High-End 2017 chap 2

Les musts du salon.

 

C’est difficile à dire car je pourrais donner l’impression qu’on s’auto congratule, mais non, le constat est clair :

 

  • Avaton de Tune Audio dominait la mêlée de la tête et des épaules.

 

D’abord l’objet est magnifique, ce long rectangle vertical de 2 mètres de haut, aux lignes complexes qui, en dessin, doivent donner une figure géométriquement absurde, dont les angles forment des arrondis insaisissables. Beau choix de couleur champagne / dorée (merci Philippe), un peu timide sans doute.

 

Manolis nous avait parlé de son projet mégalomaniaque (voulu semble-t-il par Masa).

 

Mais franchement quand on découvre l’objet, on se dit que la mégalomanie de Manolis a encore des progrès à faire, tant la face visible est élégante, bien proportionnée, et somme toute de dimensions raisonnables, avant de passer sur le côté de l’engin où là soudain il prend un sens différent avec l’élan du pavillon de près de deux mètres accolé à un parallélépipède de belles proportions  mais de deux mètres au garrot et 45 cm de section environ.

 

Superbe.

 

 

Personne, à ma connaissance, n’a exploité commercialement ce principe de pavillon de cette manière en jouant sur une asymétrie de développement. Bravo.

 

Et si l’écoute est décapante, je ne peux m’empêcher d’avoir une ou deux réserves liées très probablement aux contraintes d’installation et à l’évidence, comme chez Cessaro, que des systèmes aussi pointus demandent du temps pour « se poser ».

 

Dans l‘ensemble Manolis est d’accord avec moi et confirme qu’il s’agit avant tout de conditions de placement.

                           

L’écoute donc, en plusieurs fois :

 

Physiquement, un coup à l’estomac, quasi violent. Une autorité physiologique palpable, une concrétisation des notes sidérantes.

 

Très vite je suis gêné par un aigu un peu quelconque, une tonique dans le grave et une totale absence d’extrême grave, qui ne serait pas gênante en soi si elle ne donnait pas l’impression de faire remonter l’infra dans le haut grave et accentuer la tonique. Ce point est clairement lié au placement.

 

Attention, toutes réserves en considérant qu’il s’agit d’une des 10 plus grandes écoutes de ma vie, à condition toutefois de transposer dans un univers mieux adapté.

 

Reprenons dans l’ordre : l’autre point qui crée rapidement de la frustration, c’est l’impression de notes tronquées et de manque de nuances de modulation. Passif que je mets rapidement sur le DAC Rockna de base clairement pas à la hauteur du reste (Trafomatic Elysium et les câbles Skogrand au prix de l’or en barre), j’en parle à Manolis, il émet quelques objections au début, mais finalement dit qu’il est d’accord.

 

Ce qui se vérifiera ensuite lorsqu’enfin nous aurons du vinyle où on récupérera de la ductilité, un peu de sensualité, et un enrichissement notable des harmoniques.

 

Les quelques réserves tiennent plus au regret que certains pourraient passer à côté de ces merveilles en ne relativisant pas les faiblesses, comme je l’ai fait pour Cessaro par exemple.

 

  • A preuve ce qui va se passer lors d’un autre grand moment :

 

Wolf von Langa et sa nouvelle gamme Audioframe X.

 

 

Nous écouterons le tout nouveau modèle Chicago (39 000 €), apparemment la favorite de la nouvelle collection, embarquant la version revisitée par Wolf du Western Electric 755 et le tweeter AMT fabriqué par Mundorf et déjà vu dans SON.

 

Proposition totalement en opposition à Cessaro, Living Voice ou Tune Audio, ici le raffinement, le ciselé, la nitescence prévalent.

 

Même si les deux 38 cm cognent comme des sauvages quand il le faut. Et aussi parfois plus qu’il ne le faudrait.

 

Un délice ce stand, d’abord par les individus qui s’y baladent.

Wolf par exemple nous demande à un moment si nous sommes intéressés par la découverte de quelques raretés du vinyle que pourrait nous offrir Doktor je ne sais plus comment, un poupard en bermuda au sourire timide.

 

Vendredi soir à 16 h 30 en pleine heure de pointe !!!!

Et Wolf n’hésitera pas à aimablement prier de sortir des nouveaux arrivants qui se plaignent que ce n’est pas une vraie démo !

 

Quel luxe de sérénité !

 

Aussi allons-nous passer un grand moment à écouter en 78 tours sur une platine spécialement développée par Primary Colors (apparemment géniale) et un préampli phono créé par Thomas Mayer pour le monsieur collectionneur le  tout premier report d’un cylindre de Caruso sur vinyle (éblouissant, cette étrange sensation de pompage sur la voix de Caruso qui nous sera expliquée par le savant Doktor : Caruso devait garder une certain distance au pavillon (micro) pour respecter l’existence de l’orchestre derrière lui, mais un peu cabot il ne pouvait pas s’empêcher de se rapprocher alors un assistant le repoussait à sa place !!!, un disque souple de Glenn Miller (??? j’ai un gros doute), disque de propagande inventé pour pouvoir être lancé depuis un avion, accompagné de phonographes spéciaux dans le but de vanter la liberté et la joie de vivre chez les Alliés. Dont il ne reste quasiment aucun exemplaire intact car ceux qui récupéraient les disques les écoutaient le plus souvent avec les aiguilles classiques de leur propre phonographe qui évidemment arrachaient la matière.

 

Au final, Doktor Kollekzioneur nous passera un enregistrement d’une star dont j’ai oublié le nom (est-ce Nellie Lutcher ?) ayant inspiré Nina Simone qui doit dater de 1937.

 

Nous finirons tous en larmes, arrachées par la beauté poignante du chant mais aussi, pourquoi le nier, de ce lien direct avec l’artiste à travers les siècles, comme lorsque nous avons vibré en « voyant » Christa Ludwig grâce à l’Accuphase DC950, Grandinote Shinai et ppfff AVA chez nous.

 

Que dire alors la proposition WvL, qui en dehors de cet instant de magie pure nous a passé des disques scrupuleusement choisis, beaucoup de jazz joyeux et dynamique, mais aussi de l’électro très riche, du classique et un Led Zep (Whole lotta love) que nous avons également écouté chez Tune Audio.

 

D’abord nous écoutons sur un ensemble Primary Control (platine et bras) et Thomas Mayer qui doit peser plus de 100 000 € ! Ca oblige à relativiser.

 

Mais c’est éblouissant de délicatesse, de panache, de raffinement !!!!

Même si je continue de penser qu’on peut aller plus loin chez Voxativ de ce point de vue (mais à quel prix et dans quelles conditions ?), il y a là un ciselé rutilant, une sorte de frisson permanent jouissif.

 

Quant au grave, d’une tension idéale, d’une puissance phénoménale, totalement dégagé des contraintes de celui des Tune Audio, il a parfois tendance à dominer le reste ce qui apparaîtra de manière flagrante sur le Led Zep, trop de patate qui demanderait un dosage un peu plus subtil.

 

Le niveau est élevé et on est dans le trop 3 induisant une totale incapacité à déterminer le vainqueur, si ça a du sens !

 

Les adieux avec Wolf et ses camarades seront émouvant. Je crois qu’il a apprécié que nous soyons des interlocuteurs sérieux, concentrés, engagés, a aimé que nous parlions musique avant tout.

 

Petite parenthèse, j’en ai profité pour deviser avec le concepteur de la platine et du bras Primary Control, un grand type très élégant, courtois, qui m’a longuement expliqué les particularités de son bras unipivot, j’ai posé beaucoup de questions, la conception est basée sur les mêmes thèmes que VivLab (qu’il apprécie) à savoir que l’unipivot c’est bien mais l’élasticité qui en fait la spécificité est aussi son ennemi car à son extraordinaire fluidité latérale vient s’opposer l’évidence qu’il est tout aussi réceptif aux contraintes diverses, angulaires, retour dans le bras, variations de hauteur du disque etc, bref qu’il oscille…

 

VivLab contraint le pivot via un bain de Ferrofluide  pour contenir les retours ou résonnances, lui choisit un champ magnétique dont, sur le meilleur modèle, un champ créé par un électro-aimant !

 

Quand même.

 

Nous avons parlé aussi de l’amortissement du bras, car j’ai vu un modèle en bois : pas du tout, il s’agit d’un placage ! Pour certains marchés. Il compense donc l’ajout du placage par une viscosité légèrement différente de l’amortissement interne du bras. Quel luxe.

 

Bon, au moment de demander le prix, on retombe sur terre :

 

19 000 € celui à aimants simples, à partir de 25 000 € celui à électro-aimants…

 

  • Des jolies nouveautés ou dérivées chez Acoustic Solid dont une superbe Wood en noir et or, ça aurait pu être de mauvais goût mais c’est magnifique ! Un modèle Vintage de toute beauté, et une proposition rouge Ferrari sur un modèle simple vraiment très convaincant.

 

Enfin deux  rencontres totalement fortuites nous attendent dans un bâtiment en face où nous étions supposés rencontrer Massimiliano (Grandinote) que nous ne verrons jamais suite à divers malentendus à l’italienne.

 

Dans un vieux bâtiment qui tranche radicalement avec la modernité du MOC, un garage à l’ancienne spécialiste de l’entretien des Maserati, où s’entasse un capharnaüm d’incongruités (maquettes de locomotives de deux mètres de long, motos customisés, vielle voiture à trois roues et des Maserati), nous suivons le parcours fléché qui mène à une salle où trois canapés gris et défoncés sont alignés l’un derrière l’autre devant un système composé d’une grosse platine vinyle vintage recomposée, en fait une TD124 revue et corrigée (Tonmechanik Berlin), d’un préampli phono plutôt sobre, d’un ampli à tubes avec une triode que je ne connais pas bien, ampli pas très encombrant, un peu profond mais sans plus, une paire d’enceintes qui fait un peu sono et une autre, 3 voies plus convenues mais avec un dessin amusant puisque le fond incliné repose sur un pied incliné. Plusieurs animateurs mais celui qui parle et passe les disques est un bonhomme nonchalant, en bermuda, t-shirt rock&roll et sandales, des mollets comme des bouches d’incendie, une barbichette et un si beau sourire presqu’un peu naïf, qui va nous passer de la R&B bien grasse.

 

Mais ça marche ! Et même plutôt bien nonobstant les enceintes de sono, on suppose que le reste est pour le moins étonnant.

 

Petite discussion avec le monsieur très doux, quelques photos, il nous parle de son bébé, le préampli phono, nous explique deux ou trois aspects techniques du machin qui fait un peu bricolo, et quand on demande le prix, il sourit et dit qu’il ne veut pas de distributeur, on lui dit qu’on est revendeurs, en France, il sourit à nouveau et dit :

  • Alors OK, vous savez, je suis un communiste, je ne veux pas de surenchères, je le vends 2600 €…
  • Et l’ampli ? Il m’a l’air redoutable !

 

Il explique alors qu’il emploie une triode peu connue, qui a le mérite de fonctionner avec une tension raisonnable, donc beaucoup moins dangereux et problématique que des 805 ou 211 tout en ayant un peu de puissance (2 x 20 de mémoire). 4500 € pense-t-il mais il n’est pas sûr, c’est un proto, il doit encore peaufiner des choses…

 

Sauf que, quand de retour, je cherche son site je tombe sur un fabricant de composants réputés (Rike) que j’avais aussi connu pour avoir présenté un ampli délirant et absolument magnifique à base de T2010 de KR vendu 380 000 € !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Un truc m’échappe.

 

Nous allons probablement accepter sa proposition de tester ses appareils.

 

Et puis, sur une mezzanine de grande dimensions, un système nous tourne le dos quand on arrive, deux paires d’enceintes Suesskind dont une, sympa, que j’ai écoutée l’an dernier.

 

Des fauteuils installés en terrasse comme au cinéma, un bonhomme qui ressemble à un bucheron de deux mètres mais habillé en costard avec des sandales lui aussi !

 

Qui met dix bonnes minutes à comprendre qu’on ne parle pas suédois, encore cinq qu’on ne parle pas allemand, et trente-cinq à nous décrire son ampli, en s’adressant finalement à moi estimant peut-être que je suis le seul à ne pas être largué.

 

Le géant s’appelle Frans de Wit.

 

Ce type est tellement émouvant dans la présentation de son chef-d’œuvre que je pose des questions qui le relancent à chaque fois pour cinq bonnes minutes, l’œuvre d’une vie, sept ans de travail, chaque détail au cordeau, une pensée atypique puisqu’apparemment dès que le signal entre dans l’ampli il est transformé en courant, cet ampli ne fonctionne pas sur un couple tension/courant mais en courant pur. Je ne sais pas bien ce que ça veut dire. Ce machin fait 100 W sous 8 ohms, 200 sous 4, 800 sous 2, l’équation parfaite avec par ailleurs des mesures dignes d’un laboratoire d’étude subatomique.

 

Il passe enfin à une démo sur des enceintes Suesskind Beo LX que je ne connais pas (pas celles-là je veux dire), une trois voies assez banale qui m’énervera vite par le grave très bass-reflex et dont l’extrême grave arrive en retard, un médium riche mais pas très incarné et l’aigu mal émorfilé, bref trois voies distinctes qui doivent coûter dans les 15 000 €, soit 5 000 par voies, si j’ai bien compris… et comme source/préamp un ordi sur un petit DAC/Préamp Teac !

 

Bon d’accord, il ne passera que des DSD mais quand même…

Il commence par un disque techno/électro vite répétitif, mais qui me laisse pantois ! Pas la musique, le son !

 

L’ampli de Frans semble hallucinant, un ciselé de bijoutier, une rapidité de rasoir, une charge de taureau, une ampleur de basilique, et des frémissements d’ailes d’insecte qui sublimera des enceintes dont on sent bien qu’elles sont complètement dépassées.

 

Ce qui se confirmera sur un deuxième disque de variété, suédoise probablement, toujours aussi inintéressant mais surtout sur 88 Basie Street de Count Basie, quel panache, la transparence sur des enceintes quelconques est absolument saisissante…

 

Son truc marche et semble même explosif.

 

Bon, je ne comprends pas bien le prix, je crois entendre 19500 € mais il apparaît à 42 000 € sur le site Suesskind et 28 000 sur le site Mono & Stéréo. Faudrait que je lui écrive, mais tout en sachant que je ne ferai rien de ce machin, même si c’est un chef d’œuvre, le marché français n’est pas friand d’inconnu.

 

Et puis, comme ça arrive hélas, ne serions-nous pas déçus à l’arrivée ?

 

Nous aurons aussi une discussion détendue et amicale avec Didier H le patron de Micromega qui nous expliquera son désarroi face aux incohérences de ce métier, mais aussi sa foi en l’avenir, les beaux projets, les étapes, parmi lesquelles un accord imminent avec une marque du Luxe français que je ne cite pas prématurément, pour laquelle sortira une version spéciale du M-One. Bravo, ça c’est du marketing.

Et puis félicitations également pour être représenté en Allemagne par le plus prestigieux des distributeurs, à côté de Dan d’Agostino ou Sonus Faber et autres…

 

Pour conclure sur cette nouvelle édition, il faudrait distinguer les moments entre amis, les dîners, les fins de soirée, les ballades entre revigorantes (Deutsches Museum, la section de Schleissheim destinée à l’aviation (et un excellent maquereau fumé de 2 kgs dans une gargote au bord de la piste) ou le Königsee dans les Alpes bavaroises) et éprouvantes (Dachau et le Nid d’aigle à Berchtesgaden), qui relativisent l’errance entre excitée et désabusée sur le salon.