mulidine harmonie V3

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harmonie V3

Harmonie V3 par Mulidine

 

 

Soyons directs : tout le monde sait l’attachement que nous vouons depuis de nombreuses années aux créations enthousiasmantes de la (trop) discrète marque française Mulidine.

 

Or, l’attachement est porté, entretenu, choyé par deux facteurs :

 

  • Le patron est sympa, cultivé, doté d’un esprit fin.

 

Soit, mais ça ne suffirait pas si :

 

  • Ses enceintes n’étaient pas les seules dans leur gamme et au-delà à offrir une éloquence musicale aussi flagrante, faite de cœur et de justesse…

 

Ce qui, ne vous y trompez pas, en fait aussi de véritables ennemies du commerce car il nous est très très difficile de trouver d’autres enceintes pour les épauler dignement, histoire à la fois de ne pas s’enfermer et d’essayer de nourrir d’autres appétits qu’une recherche émotionnelle brute, directement axée sur la compréhension charnelle et totale de la musique.

 

En outre, les propriétaires d’enceintes Mulidine sont peu enclins à en changer.

 

Pourtant, deux précédentes expériences sur Harmonie (1 et 2), modèle plus… dois-je dire ambitieux ? Non, car réussir à ce point un modèle compact comme la Cadence et ses sœurs flamboyantes, Cadence « + » et « ++ », n’est pas moins ambitieux…

Alors disons modèle plus… gros ?, destiné à repousser d’éventuelles limites ou pourvoir des aspirations plus exigeantes, ne nous avaient pas donné le sourire gourmand, satisfait ou béat qui accompagne habituellement les découvertes d’une nouvelle Mulidine.

 

Certes Harmonie V2 explorait des zones interdites à Cadence, dans l’extrême grave par exemple (encore que ce ne soit pas si simple), on devinait une rigueur de timbre plus élevée (ce point aussi est sujet à doutes car les modèle optimisés « + » et « ++ » de la Cadence n’existaient pas alors). Et certes on sentait en augmentant le volume que l’ampleur et la générosité grimpaient d’un cran mais à un niveau que peu osent se permettre de toute façon, mettant en évidence que c’était là le point faible d’Harmonie 2 : excellente enceinte à condition de mettre le paquet côté ampli et se tordre le poignet sur le bouton de volume.

 

Bref, nous étions restés sur notre faim.

 

Puis Marc (c’est M’sieur Mulidine) nous annonce la V3, patiemment revue et même copieusement redessinée à l’intérieur.

 

Conscient que les modèles ultra des Cadence le contraignent à une belle avancée sur son modèle haut-de-gamme (pas envie de dire Flagship), le créateur a pris, comme à son habitude, le temps de fignoler le nouveau jalon qui, dans sa version base (ce qui signifie une présentation autour des habituelles propositions de finitions bois), va coûter 8 400 € la paire, une zone de prix où les inepties sonores s’accumulent, soit, sachant que le challenge que se donne notre ami n’est jamais de se contenter de faire mieux, mais beaucoup plus audacieusement de faire bien.

 

Mettant fin à notre impatience, il nous propose alors une démo dans nos murs qui sera trop courte mais dont nous sortirons totalement rassurés et vraiment vraiment enthousiastes !!!!

 

La version apportée revêt la finition Carbon Touch qui lui sied à merveille mais fait un peu tousser côté plus-value. Je reconnais que cette présentation expose un côté technologique apparent qui souligne bien la réalité technologique élaborée en interne.

 

Va falloir sérieusement réfléchir au choix de la finition des miennes…

 

Moteur et action !

 

Il ne faut pas plus de quelques mesures du piano de Rafal Blechacz (pardon pour l’orthographe) pour entendre que l’homogénéité dynamique, qui à niveau raisonnable faisait défaut aux précédentes versions, est ici parfaitement en place.

 

Les timbres, d’une inhabituelle variété tout en finesse, imposent immédiatement l’évidence que l’Harmonie n’a aucune envie de plaisanter.

 

La rigueur semble le maître-mot pour décrire ces nouvelles Mulidine.

 

De toute évidence, il ne manque pas une note !

On ne détecte aucune erreur, que ce soit dans les enveloppes de note, le délié en constante évolution, ou dans les couleurs incroyablement précises, car même si on peut se demander ce qui permet d’être sûr de la validité des timbres, se dégage ici une telle sensation de justesse qu’on n’a aucun doute : les Harmonie ont raison !

 

Cette même sensation difficile à écrire que subliment les merveilleuses ADA de ppfff est ici donnée avec sans doute un peu plus de frugalité, de matité, de retenue, mais sans aucun doute : la vérité sans concession…

 

Drivée par le Shinai de Grandinote, on est saisi par l’impartialité de l’enceinte face à quelque proposition que ce soit, un Quatuor de Bartok par Takacs ou les élans cogneurs de Black Light Burns, une symphonie de Schumann (par Sawallisch) ou l’Afrobeat balançant de Tony Allen, tout paraît juste, à sa place dans l’espace, sans la moindre hésitation ou approximation.

 

Cette impression de rectitude qui accompagne jusqu’aux fins de notes les plus longuement déroulées vont évidemment transmettre une sensibilité à fleur de peau mais avec la même objectivité presque spartiate. C’est comme ça et pas autrement ! Non mais !

 

Si, en comparaison, ADA de ppfff révèle un côté plus pétillant, plus aérien, moins guindé, l’esprit est le même, on ne plaisante pas avec la parole des musiciens.

 

Certes, on est là pour parler des Harmonie, mais comment ne pas évoquer l’étalon du magasin quand tant de points communs les rapprochent.

 

En passant à un ampli à tubes ppfff Van, la rigueur s’accompagne d’une propension plus affirmée au frémissement, à la subtilité délicieuse, aux murmures dissimulés, mais on n’entre pas pour autant dans la galéjade.

 

La résolution homogène et magistrale de l’enceinte est d’une consistance absolue, en gamme chromatique comme en dynamiques et parce qu’elle n’est pas entachée du moindre accroc, la limpidité du message devient anthologique, on a l’impression d’écouter un seul haut-parleur, ou un panneau électrostatique mais avec bien évidemment une définition des matières et une gamme expressive très nettement supérieures.

 

Car le corps sans l’excès et le sens de la définition des matières distinguent clairement l’Harmonie de la plupart de ses consœurs de rang égal ou supérieur.

 

La compréhension des résonnances internes propres à la matière de chaque instrument, des accents de matériaux naturels aux sons synthétiques, échantillonnés, recomposés, complète en profondeur et en réceptivité la résolution mélodique ou chromatique.

 

Toujours avec un sentiment de sérieux irréprochable qui fait aussi des Mulidine Harmonie un instrument de travail idéal pour les professionnels, car on saura exactement (oui, enfin, avec les bonnes électroniques) ce qu’on a sur la bande.

 

Ça n’existe plus les bandes, je sais…

 

C’est intéressant cette exploration crue des matières, car nous avons en même temps dans l’auditorium des enceintes Pascal Louvet Isis IIR, particulièrement intéressantes, qui elles aussi expriment une définition des matières d’une netteté stupéfiante, mais en creux, par une lumière rasante, là où Harmonie les déploie par leur densité propre et ADA de ppfff par leur concret organique.

 

La partie basse du spectre de l’Harmonie ne donne pas dans le showing-off, respecte au contraire la neutralité tonale générale, en place, rapide, descendant très bas sans aucune esbroufe ou surcharge pondérale, ni exagération sportive, lui aussi revendique une lisibilité très rare dans la reproduction musicale.

 

Les variations de fronts d’onde ou d’attaques sont immédiatement perceptibles, ainsi que le poids et le swing voulu sur chaque note, chaque instant, et même chaque silence qui évite ce trou noir dérangeant de la hifi traditionnelle.

 

Tout ceci concourt évidemment à un raffinement extrême qui véhicule des frissons délicieux, pas par la caresse ou la sensualité mais par une délicatesse des chuchotements et des trémolos qui accompagne les instants les plus ténus de la musique, des musiques : Harmonie ne vient pas vous cueillir, elle vous incite à aller chercher ces instants exquis…

 

Pour autant elle ne se laissera pas déborder dans les moments fougueux ou débridés, suivra les assauts sans frémir, continuant de décortiquer les fondamentaux, les couleurs, les substances, sans se contenter du coup de poing vaguement mou de ses concurrentes, elle arbore son style jusque dans le panache !

 

A la question piège de savoir comment l’Harmonie 3 se place face aux qualités surnaturelles des Cadence « + » et « ++ », je vais répondre par un pas de côté :

 

Harmonie continue clairement le chemin de la Cadence base en prenant sa place naturelle dans la hiérarchie et laissant une marche possible intermédiaire à un éventuel futur modèle, mais les Cadence « optimisées » partent sur la branche d’un Y en présentant une approche plus débridée, libre et détendue et en cela ouvrent la voie à l’ADA de ppfff, en sublimant la conscience expressive de la pensée Mulidine.

 

En conclusion l’Harmonie, sérieuse et responsable, mérite le haut du podium de la tradition Mulidine.